La femme vietnamienne est sur tous les fronts. Femme, mère de famille et travailleuse active, elle est proactive pour la communauté. Cette place importante qu’elle occupe dans la société s’est construite avec le temps. Combattante durant les deux dernières guerres ayant ravagé le Vietnam, elle a gagné la plus importante des batailles : celle de l’égalité. En déplacement au Vietnam, nous avons tenté de comprendre en quoi la femme vietnamienne a acquis un vrai pouvoir légitimé par un combat : celui de s’imposer comme femme libre. 

Chaque femme vietnamienne est unique, a une histoire à raconter. À l’image de cette femme de l’ethnie des Dao Do, à Sapa. Son sourire arboré par toutes les Vietnamiennes même en cas de coup dur est un symbole. Le jeu des zygomatiques, véritable symbole de courage, masque les difficultés et les peines. Ce sourire c’est un peu l’histoire des femmes vietnamiennes qui n’ont jamais baissé les bras pour avoir une place, leur place au sein de la société vietnamienne dans le combat pour l’égalité.

Selon les mots de la géographe canadienne Geneviève Marquis, « [l] a femme vietnamienne est la plus libre, la plus puissante de toutes les femmes ayant reçu l’influence confucéenne en Asie. Elle a participé à toutes les guerres, aux luttes pour sa survie ». Alors j’ai voulu comprendre et raconter. Raconter comment celles-ci envers et contre tout ont gardé ce sourire, malgré leurs sacrifices silencieux de femmes, de mères et de combattantes. Que leurs luttes d’hier ont forgé leurs places dans la société d’aujourd’hui et constituent un espoir pour demain

De la femme au foyer à la femme combattante 

La place de la femme au Vietnam s’est transformée au cours du siècle dernier. Avant les conflits armés contre la France et les États-Unis, son rôle se résumait à rester à la maison et obéir aux ordres de son époux. « Il y avait une perception que les femmes étaient inférieures aux hommes […]. Ma maman m’a élevée de cette façon », explique Thao Truong, professeure de yoga et mère de famille. 

Si la donne a changé au cours du temps, elles ont dû faire face à de nombreux sacrifices silencieux. Elles ont connu, au cours de l’histoire contemporaine, de nombreuses luttes pour leur survie et celle de leurs familles. Le père de madame Truong, soldat spécialiste des tanks, était engagé pour le Vietnam durant la guerre qui l’opposait aux Américains. Sa mère, elle, s’occupait de la maisonnée. Courageuse, Thao se souvient : « Ma mère pédalait vite sur son vélo, alors que j’étais à l’arrière. Elle disait que c’était pour échapper aux bombes ». 

D’autres destins ont également été chamboulés durant ce conflit armé. C’est le cas de Dao Quynh Giao, patronne d’un restaurant à Hanoï, et mère divorcée de deux enfants. « Ma grand-mère a trois filles et un garçon. Mon grand-père, médecin dans l’armée, y a passé toute sa vie et son fils ne le connaissait pas. Ma grand-mère devait travailler loin de sa famille et ma mère s’occupait alors de ces frères et sœurs, comme une mère ». 

Durant les conflits contre la France et les États-Unis, les femmes n’étaient pas seulement actives à la maison ou dans l’éducation de leurs enfants, elles ont participé à l’effort de guerre en remplaçant leurs maris dans les champs ou les usines. « Les finances et les ressources pour la guerre venaient des femmes. Les femmes faisaient tout. » , explique Thao Truong. D’autres, elles, ont choisi la voie de l’engagement militaire en allant sur le front. À titre indicatif, la guérilla ou les milices du Vietnam du Sud étaient composées à 40 % de femmes. Bon nombre d’entre elles ont même été à la tête de guérillas et de forces armées, et ce, au péril de leurs vies. C’est le cas du cas emblématique de Nguyen Thi Chien, chef de la guérilla communiste, récompensée par le titre de « héros », décerné par l’État vietnamien.

Le perpétuel combat pour l’égalité 

La place que la femme vietnamienne a acquise aujourd’hui est le fruit d’un long combat. Au nom de l’égalité, certaines se sont rendues au front, d’autres battues pour la survie de leur famille. Leur rôle, majeur pour le maintien de la société civile et aussi le maintien de l’intégrité du territoire vietnamien, a été reconnu avec le temps. « Durant la guerre, les femmes ont tout fait. Après la guerre, la place de la femme a changé, s’est améliorée », fait valoir la professeure de yoga, madame Truong. 

Cette amélioration de la condition féminine est passée par les lois promulguées par le Parti communiste prônant l’égalité entre les sexes. Elles ont contribué à une véritable émancipation, conjuguée à une vraie acquisition de droits. En droit vietnamien, la femme est considérée comme l’égale de l’homme. L’Union des femmes vietnamiennes, association créée le 20 octobre 1930 (anciennement « Mouvement des femmes contre l’impérialisme »), a également contribué à faire la promotion de leur esprit d’initiative, leur rôle dans le développement de la société et la promotion de l’égalité des sexes. En souvenir de la création de cet organisme, le Parti communiste a même décidé que le 20 octobre serait la journée de la femme vietnamienne (« Ngày Ph n Vit Nam »). Cette Union des femmes vietnamiennes a même piloté le projet d’ouverture du musée des femmes du Vietnam. Ouvert en 1995, il raconte à l’aide d’objets, photographies et témoignages, la femme vietnamienne à travers l’histoire. Une section du musée consacré à la femme en temps de conflit armé permet d’ailleurs de comprendre le rôle majeur qu’elles ont joué dans la libération et l’indépendance du Vietnam. Ce musée est un véritable remerciement pour ces femmes. Un hommage ultime. 

La femme vietnamienne, un moteur de l’économie 

Ce revirement historique de la condition féminine a amené les femmes à devenir des piliers indispensables pour l’économie vietnamienne. À la fin des conflits armés contre la France et les États-Unis, beaucoup n’ont pas souhaité redevenir femmes au foyer. Les Vietnamiennes ont progressivement voulu participer à l’économie, avoir des postes plus importants, des responsabilités. « Après la guerre, la place des femmes a changé. Une nouvelle structure sociétale, plus occidentale a été instaurée », explique madame Truong. 

Au questionnement de savoir si les Vietnamiennes dirigent la société actuelle, il convient de répondre par l’affirmative. L’apparence machiste est plus que relative, car les femmes mènent la barque à l’échelle économique, familiale et éducative. « Leur rôle est de plus en plus important », explique en ce sens Uyen Doto, agente à l’office du tourisme de Sapa. 

Elles vont même jusqu’à pratiquer des professions difficiles pour subvenir aux besoins de leurs familles. « Les femmes sont plus courageuses, elles travaillent plus que les hommes », affirme madame Doto. Véritable moteur de l’économie, les femmes sont omniprésentes dans la société et contribuent à son développement. Le cas des vendeuses ambulantes d’Hanoï est emblématique. Ce travail peu payant résulte de l’exode rural auquel de nombreuses agricultrices sont contraintes. Le travail dans les rizières n’étant plus rentable, elles se rendent en ville afin de gagner suffisamment pour envoyer leurs enfants à l’école. Se levant aux alentours de quatre heures du matin, elles achètent des fruits, légumes, viandes et poissons pour les vendre dans les rues encombrées de la capitale. L’agente au tourisme souligne ce décalage entre femmes des villes et femmes des campagnes : « À la campagne, les femmes ont une vie plus difficile ». 

Citant également l’exemple des femmes des tribus de Sapa, les femmes des campagnes redoublent d’imagination pour tirer des avantages de l’accroissement du tourisme. Accueil de touristes pour des nuitées, vente d’objets artisanaux ou encore visites de leurs villages, ces femmes veulent gagner leur indépendance financière et faire vivre leurs familles. « Beaucoup de minorités n’aiment plus travailler à la maison et vont dans la rue, au contact des touristes. La plupart travaillent même avec leur bébé », explique madame Doto. 

Contrairement aux femmes des campagnes, les femmes des villes ont un vrai pouvoir. « De nos jours, beaucoup de femmes occupent des postes à responsabilités », affirme la patronne d’un restaurant à Hanoï. Elle ajoute « Désormais, les femmes ont davantage de pouvoir qu’auparavant, car elles ont plus d’argent ». Toutefois, la société vietnamienne reste conservatrice dans quelques domaines comme la politique. « Au Vietnam, il n’y a pas de femme avec une place importante en politique », regrette Uyen Doto en citant l’exemple d’Angela Merkel, la chancelière allemande. Si le modèle mené par Ha Thi Qué, présidente de l’Union des femmes vietnamiennes de 1974 à 1980, députée et membre du parti communiste dès les années 1960, est précurseur, il reste encore du chemin à parcourir pour que les femmes puissent accéder à des fonctions suprêmes.

 

Cécilia Foissard, LL. M. 
Journaliste indépendante
06 31 47 94 29 

 

Révision: Josée Goupil

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