Entrepreneure, blogueuse et conférencière, Kim Auclair est une femme qui transforme ses limites personnelles en forces et qui avance toujours vers ses objectifs. Fondatrice de MacQuébec et de Niviti (spécialisés dans la production et diffusion de contenus à valeur ajoutée pour les entrepreneurs), très active dans la communauté entrepreneuriale de Québec et surtout très présente sur le Web, Kim m’a toujours fascinée. Je suis d’ailleurs une assidue de son excellent blogue Dans la tête d’une entrepreneure et du groupe Facebook du même nom!

En apprenant à la connaître, j’ai découvert une femme pragmatique qui sait garder le cap vers ses objectifs, mais aussi une femme chaleureuse qui n’a pas froid aux yeux et qui refuse de se limiter. Un exemple? L’automne dernier, Kim faisait son premier grand voyage seule en Europe et quelques mois plus tard, elle retournait en France pour monter sur la scène principale du Web2Day afin d’y donner sa première conférence internationale! Au fait, vous saviez qu’elle a un problème de surdité?

Il y a quelques mois, j’ai pris le temps d’aller visiter ses bureaux et son espace coworking chez Niviti, et je lui ai posé quelques questions!

 

Kim, parle-nous de ta communauté Facebook « Dans la tête des entrepreneurs ».

La communauté Facebook (groupe) est partie de mon blogue personnel. Le but est d’aider les entrepreneurs à développer leurs compétences entrepreneuriales en leur offrant du contenu pertinent et un espace physique. 

Et MacQuébec?

MacQuébec existe depuis 2005; il a été le laboratoire de Niviti et cela m’a donné beaucoup de visibilité. En 2015, nous l’avons transformé en coopérative de solidarité, parce que je voulais m’enlever le stress d’être le « boss ». En transformant MacQuébec en coopérative, on a créé un conseil d’administration avec une structure, un encadrement plus détaché de moi.

MacQuébec, c’est aussi comme une école où les gens s’entraident. Sur le CA, on a un jeune homme de 18 ans qui est arrivé il y a 3 ans. Il a développé des applications mobiles, un site Web, il fait partie du CA et il a signé des ententes. Avoir 18 ans et être sur le terrain de tout ça, c’est du développement. Ce n’est pas reconnu par les écoles, mais il le vit.

Pourquoi n’as-tu pas vendu MacQuébec au lieu d’en faire une coop?

Je n’aurais pas vendu MacQuébec parce que ce n’aurait pas été juste pour les bénévoles qui ont donné 9 ans de leur vie.

Ton rêve quand tu étais petite, c’était quoi?

De me faire connaître sur le réseau. J’ai toujours voulu avoir une visibilité sur le net.

J’ai écrit mes premiers articles quand j’avais 18 ans. On ne savait pas trop ce que je faisais. J’avais des dessins, des graphiques, un paquet d’affaires! Avec le temps, ça s’est concrétisé.

Là, je fais mon premier voyage. Ça, ce sont des choses que je ne me serais pas permises avant. Je veux vivre ça (l’entrevue a été réalisée avant son voyage et sa mission commerciale en France).

Beau Trip!

Oui, mais ça, c’est toute une question de réalisation de soi-même. De sentir que tu as fait quelque chose. Que tu es allé jusqu’au bout.  J’ai eu beaucoup de belles réalisations, mais personnellement, je veux que l’on me reconnaisse pour l’un de mes projets. Soit pour MacQuébec ou Niviti, que j’ai réussi à bien positionner.

Le succès, tu définis ça comment?

Le succès, c’est le sentiment d’accomplissement. Tout est un projet : la formation, le coworking, les voyages, l’administration. C’est ce que je montre dans mes formations et mes conférences. Mais je n’ai pas nécessairement la meilleure réponse. Chaque personne va s’adapter selon les forces qu’elle a.

Selon toi, qu’est-ce qui manque aux petits entrepreneurs?

C’est dur à dire; il y a tellement de ressources! Mais les entrepreneurs se plaignent qu’il n’y en a jamais assez. Moi, j’ai toujours été plus à l’aise en ligne qu’en personne. Il faut ouvrir les horizons plutôt que d’informer les gens dans un seul cercle. Je n’ai jamais été une fille de gang. Quand j’avais le sentiment d’être en clan, je devais sortir de là. On s’influence trop juste entre nous. Tu vas être influencé parce que « c’est tendance de faire telle ou telle affaire ». À un moment donné, il faut que tu sortes de ces cercles pour être capable de réfléchir par toi-même. Dans le fond, en ligne, tu as tout ça sans te déplacer.

Je ne sais pas vraiment ce qu’il manque, car on trouve beaucoup de ressources en ligne.

Est-ce que ton problème de surdité est et a été un atout ou un handicap à ton cheminement?

Ça a toujours eu un impact. Répondre au téléphone, j’haïs ça! Ma première partenaire de travail ne voulait pas que j’en parle pour ne pas faire pitié. Pendant mes premières années en affaires, je n’en ai pas parlé. C’est avec les formations et conférences que j’ai commencé à le dire. Les gens m’ont remercié d’être qui je suis.

Le Web m’a permis de faire beaucoup de choses. Ça m’a permis de me bâtir une crédibilité. J’ai fait de la recherche, du contenu et de la veille. Le Web, c’est ma force, puisque je l’ai utilisé à cause de ma surdité. Une personne m’a déjà dit : « ce n’est pas ta voix que je veux, c’est avoir accès à ton cerveau ».

Tu es comme ça depuis ton enfance?

Oui, depuis mon enfance. Une oreille est morte. L’autre avec mon appareil entend à 75 %. Je n’ai pas appris le langage des signes. Même quand j’étais jeune, je ne voulais pas être considérée comme sourde. J’ai toujours été à l’école normale. Je portais un appareil avec mon professeur. Des fois, il oubliait de le fermer et quand il allait à la toilette et j’entendais tout (rires)! Ou des fois, il sortait dehors avec les autres professeurs, et les élèves me demandaient « qu’est-ce qu’ils disaient? ». Ça, c’était drôle (rires). 

Mais oui, ça a toujours été un obstacle et je me suis débrouillée par moi-même. 

As-tu des idoles? Des gens qui t’inspirent?

Je me nourris de beaucoup de monde. J’aime des entrepreneurs pour certaines raisons, comme je ne les aime pas pour d’autres. J’aime bien, par exemple, Anne Marcotte, Cora, Michelle Blanc et Caroline Néron. 

Qu’est-ce qui t’inspire d’elles?

Caroline : sa transition de chanteuse à femme d’affaires. Surtout d’être capable de dire « moi, je veux faire de l’argent ». C’est pas tout le monde qui le fera. Moi, ce n’est pas ma priorité, mais c’est essentiel pour les affaires.

Cora : pour ses franchises et pour avoir exporté un concept qui est, aujourd’hui, copié partout.

Anne : elle a donné beaucoup et j’aime son parcours de carrière.

Est-ce que tu penses qu’il est plus difficile d’être une femme en affaire qu’un homme?

Oui et non; il y a des femmes qui ont réussi, pris leur place et ont « dealé » de grosses affaires.

On me pose souvent cette question. Honnêtement, avec le Web, tu ne vois pas ces choses-là, parce que tu gagnes la confiance. C’est sûr que le Web, c’est moins risqué. Quand je vais dans des évènements « cravates » des gens en affaires, je me suis promis de ne plus me vendre.

Les hommes, c’est plus facile de s’adresser à eux, surtout si tu as les connaissances. Mon ancien partenaire d’affaires m’a déjà appelé sur Skype, et il était dans son bain! C’est… Raccroche! T’es… vraiment pas drôle (rire)! Je l’ai vu traîner sur des sites de rencontres et j’étais mal à l’aise.

Mais il faut faire attention; il y a des choses qui se disent et d’autres pas. Sur l’un de mes premiers blogues, en 2005 ou 2006, je faisais des commentaires sur mes sorties dans les bars (c’était un blogue caché). J’avais aussi un blogue d’affaires, et puis un père m’a ramassé sur son blogue en mentionnant mon côté professionnel en affaires, mais aussi le fait que je parlais de mes aventures sur un autre blogue. J’étais en larmes, j’ai appelé mon mentor et il m’a conseillé de ne rien dire. 

Comment fais-tu pour contrôler ton image tout en restant toi-même? 

Sur le Web, tu as la possibilité de contrôler ce que tu peux dire. Tout est une question de crédibilité. Parfois, ce sont des petites phrases, des petits commentaires qui sont perçus différemment, surtout quand on ne te connaît pas. C’est une question de confiance. Niviti s’est bâti une crédibilité, une confiance. Les gens vont te faire confiance plus par rapport à qui tu es que pour ce que tu fais. Tout ça, c’est une question de contrôle de l’image. Il y a des gens que je trouve vraiment bien, mais sur le Web. On contrôle aussi notre image en étant cohérent. Si tu parles de chevaux pendant des mois, et que finalement, tu commences à parler de kayaks, tu manques de cohérence. Parle toujours de la même affaire, tu vas être reconnu pour ça.

Tu te vois où dans 5 ans ou 10 ans?

Mon mantra depuis 2016 : « Je me choisis, moi ».

Je n’ai pas eu le temps de me développer moi-même. Je suis en retard! Je ne peux parler dans 5 ans. En ce moment, je veux me découvrir encore plus… Qui est Kim? J’ai des choses encore à apprendre et mon voyage fait partie de ça. Dans le concret : acquérir plus de pièces pour Niviti, agrandir, acheter la bâtisse d’ici 5 ans. 

Si tu n’avais aucune limite, avant de mourir, que voudrais-tu avoir fait? 

Sérieusement, je me pose encore la question… Apprendre l’anglais? J’ai accompli beaucoup de choses. Mon voyage va me permettre de répondre à mes questions. Ça fait longtemps que je n’ai pas eu le sentiment de m’organiser, de me débrouiller.

Tes attentes face à tes voyages?

C’est une démarche personnelle. Décompresser, vivre un peu. Deux semaines et demie sans mon entreprise, c’est quelque chose. De revenir avec une idée plus claire de qu’est-ce que je veux faire. J’aime ce que je fais, mais je veux me retrouver.

Qu’est-ce que tu dirais aux jeunes filles?

Il y a moyen de gagner sa vie avec ce qu’on aime. C’est une question d’environnement. Quand on décide de faire quelque chose et de vraiment y croire, il ne faut pas se laisser influencer par des amis qui te conseillent de te trouver un emploi. Il ne faut pas se retrouver 40 ans plus tard avec des regrets.

Il faut s’entourer de bonnes personnes. Je viens d’une famille « normale »; mes parents sont encore ensemble et se « tough » (rires). Pour apprendre, je suis allée me nourrir ailleurs. Connaître le changement des entourages. Oui, tu peux avoir de mauvaises expériences, mais tu te relèves.

Je dirais encore de croire en soi, se faire confiance. De ne pas se laisser influencer. Par contre, je m’inquiète pour les nouvelles générations. Le Web, la façon dont ils l’utilisent, de voir l’image que ça projette et voir qu’ils ont 13 ou 14 ans et accès à n’importe quoi sur YouTube, ça m’inquiète beaucoup. Je leur dirais de faire attention.

 

Révision: Josée Goupil

Je suis co-fondatrice d'Atelier Ëdele, une entreprise de literies en coton biologique pour les enfants avec une forte philosophie d'engagement social. Je contribue également depuis peu au club des petits déjeuners comme co-organisatrice d'un événement d'envergure. Au sein de la communauté Femmes Alpha, je joue le rôle d'éditrice en chef et idéatrice. Ayant déjà fait quelques changements de carrières, passant de pilote d'avion à analyste politique à entrepreneure, je peux affirmer être une femme guidée par ses passions profondes et qui aime l'aventure! Comme vous, je désire laisser une empreinte positive dans la société et inspirer d'autres femmes à suivre cette voie. Ah et je suis également mère!

 

joelle@femmesalpha.com

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